RADIOISOTOPES ET DATATION

 

Par Philippe Albert

 

 

1                        DATATION au 14C

1.1              Origine

Le Compte Rendu des Žtudes du STURP {1}, en 1978, concluait qu'il Žtait nŽcessaire pour prŽciser certaines Žtudes, et projeter d'autres recherches, d'avoir une datation par le 14C : "given the unique nature and complexity of the problem, the only unambiguous means to establish this (age) is by the 14C methodÉ" {2}

En 1984 la mŽthode AMS rendait possible la datation sur de petits Žchantillons (quelques milligrammes). {3}

Le 16 Octobre 1984 le STURP demandait la datation au 14C et un nouveau programme de recherches.

La prŽsentation des dŽmarches diverses effectuŽes pour obtenir l'analyse de 14C sur des Žchantillons du Linceul de Turin est faite par H.E. Gove (University of Rochester- NY- USA) dans Nuclear Instruments and Methods in Physics Resarch B.29. (1987) 193-195 {4}.

Ces dŽmarches furent confirmŽes et prŽcisŽes en 1997 par Luigi Gonella, Conseiller du Cardinal custode de la relique {5}.

En 1986, R. Burleigh, M. Leese, and M. Tite (Research Lab. The British Museum, London) organisent une Žtude d'intercomparaison de 6 laboratoires afin de tester la faisabilitŽ de la datation au 14C du Linceul de Turin. {6}

En 1988, dans la revue Nature d'Avril  7, M.S.Tite se prŽsente comme ayant reu l'accord du Cardinal Ballestrero pour faire rŽaliser par trois laboratoires - Arizona, Oxford, Zurich - selon la mŽthode AMS- des datations sur des Žchantillons de 40 mg du Linceul de Turin.

1.2              Datation

Elle est effectivement rŽalisŽe en 1988 par les 3 laboratoires AMS annoncŽs :

á   Department of Physics- University of Arizona, Tucson, USA

á   Research Lab. for Archeology and History of Art, University of Oxford, UK

á   Institut fur Mittelenergiephysik ETH, Zurich, Switzerland.

La publication des rŽsultats est faite dans Nature de FŽvrier 1989, par P.E.Damon and al., soit un panel de 21 co-auteurs, tous physiciens. {8}

Le Linceul de Turin est datŽ entre 1260 et 1390, avec une probabilitŽ de 95%.

1.3                      RŽactions aux rŽsultats de la Datation

Acceptation du rŽsultat sans discussion par la grande majoritŽ des scientifiques non spŽcialisŽs, du grand public, croyants compris, et des autoritŽs de l'ƒglise Catholique, dont la quasi totalitŽ des ƒvques de France.

Discussion et/ou rejet de ce rŽsultat par la minoritŽ complŽmentaire, mais la quasi totalitŽ des chercheurs ayant fait et/ou suivi toutes les Žtudes scientifiques et historiques sur le Linceul de Turin, depuis la fameuse photographie de secundo Pia en 1898.

On y relve, entre autres, les membres du STURP, et du Centro Internazionale di Sindonologia di Turino, et un certain nombre de personnalitŽs parisiennes, ingŽnieurs pour la plupart, qui organisrent les 7 et 8 Septembre 1989 ˆ Paris, un symposium scientifique international pour discuter ce rŽsultat, et ˆ l'issue duquel ils dŽcidrent de fonder le CIELT (Centre international d'Žtudes sur le Linceul de Turin).

On trouvera le Compte rendu d'une partie des dŽbats de ce symposium dans les Actes du Symposium Scientifique International de Paris, 7-8 Septembre 1989. {9}

D'autres Comptes rendus para”tront dans les numŽros de "La Lettre Mensuelle" du CIELT, 50 avenue des Ternes, 75017, Paris.

 Autres ConfŽrences internationales dans desquelles, certaines communications concernent la datation au 14C.

á   1993- Actes du Symposium Internationalde Rome- 10-11-12 Juin 1993, organisŽ par le CIELT. {10}

á   1997: Actes du Symposium Scientifique International du CIELT. Nice. 12-13 Mai 1997. {11}

á   1998: IIIe Congresso Internazionale di Studi Sulla Sindone-Torino - 5-7-Juin 1998. OrganisŽ par le Centro di Sindonologia -Via Domenica, 28 - 10122 Torino.

2                         RADIOISOTOPES

Diverses Žtudes sont en cours, et en prŽparation sous l'Žgide du Conseil scientifique du CIELT.

2.1              Nouvelles Žtudes pour le dosage du 14 C et d'autres radioisotopes

Actuellement ces Žtudes concernent les tissus de lin d'‰ges et d'origines divers, et sont rŽalisŽes ˆ l'initiative du Conseil scientifique du CIELT. L'objectif est d'Žtudier la possibilitŽ de dŽceler par autoradiographie le 14C en vue d'Žtudes non destructives du 14C dans le lin du Linceul de Turin.

Nous avons obtenu une coopŽration trs importante du Directeur du Laboratoire souterrain de Modane, Monsieur Philippe Hubert et de ses collgues travaillant dans ce laboratoire.

Il serait possible d'effectuer cette Žtude dans des conditions idŽales de trs faible bruit de fond (rayonnement cosmique trs faible).

Nous avons aussi obtenu Žgalement l'aide de Monsieur Le Saec, Directeur de Packard Instruments SA-France, pour la fourniture d'un film dŽtecteur du rayonnement du 14C, trs sensible (10 fois plus sensible que tout autre), et celle de Monsieur Michel Leroy de PŽchiney Aluminium, de Voreppe, qui nous a fourni trs aimablement de l'aluminium de trs haute puretŽ (trs faible radioactivitŽ) pour servir d'Žcran absorbant des rayonnements pour l'expŽrience prŽvue.

Avant de tenter la mesure du 14C sur nos Žchantillons, Monsieur Ph. Hubert a proposŽ de faire la mesure de la radioactivitŽ d'autres impuretŽs du lin dont la prŽsence pourrait gner et mme empcher la dŽtection du 14C.

Les mesures qui sont en cours d'achvement montrent qu'il y a effectivement dans nos Žchantillons de lin, et dans le film dŽtecteur, des radioisotopes susceptibles d'empcher la rŽalisation de l'expŽrience prŽvue d'autoradiographie du 14C. {12}

Mais ces mesures nous apportent des connaissances trs prŽcieuses sur les impuretŽs du lin comme le Potassium (40 K), et le Radium (226 Ra)

2.2              ExpŽrience projetŽe de dosage gŽnŽralisŽ des impuretŽs en traces dans le lin

Nous disposons d'Žchantillons ƒgyptiens - Coptes anciens, EuropŽens rŽcents, et Žchantillons de la rŽgion de JŽrusalem -, donc d'origines et d'‰ges divers.

Il s'agira d'analyser sur ces Žchantillons le plus grand nombre possible d'impuretŽs, en faible et trs faible quantitŽ, prŽsentes dans le lin, et provenant du sol, de l'environnement et des traitements spŽcifiques divers auquel le lin a ŽtŽ soumis dans sa transformation depuis sa croissance jusqu'au tissage des Žtoffes.

Cette mŽthode, des "Spectres CaractŽristiques" des impuretŽs en trace, a permis par exemple, d'identifier des papiers anciens (‰ge - lieu de fabrication - mŽthodologie de prŽparation). Cf. les travaux de J.N. Barrandon et de son Žquipe, du centre de Recherches ArchŽomŽtriques Ernest Babelon, du CNRS. {13}

3               NOUVELLES PERSPECTIVES DE DOSAGE DU 14C DANS LE LIN DU LINCEUL DE TURIN

3.1              Motivations

Testus unus - Testus nullus.

Des arguments historiques et scientifiques sŽrieux sont en contradiction avec la date de 1260 - 1390 trouvŽe par le dosage du 14C de 1988, et posent un problme ŽpistŽmologique. Il est donc raisonnable d'envisager de nouveaux dosages.

Ceux-ci sont devenus possibles gr‰ce ˆ une nouvelle gŽnŽration de laboratoires capables d'effectuer ces dosages sur des prŽlvements de fils "individuels" de l'ordre de 2 mg. C'est le cas du "Leibnitz Labor. AMS facility at Christian ALBRECHTS University - Kiel - Germany".

Voir les articles de Nadau et Schleider dans revues Nuclear Instruments et Radiocarbone. {14}

3.2              Arguments historiques contraignants

Le Codex Pray, conservŽ ˆ la bibliothque nationale de Prague {15}, antŽrieur ˆ 1192 , montrant explicitement le Linceul de Turin, considŽrŽ comme le tŽmoignage de la rŽsurrection du Christ, avec ses bržlures caractŽristiques prŽ-chambŽriennes. La connaissance du linceul devait tre au moins centenaire pour qu'il soit ainsi honorŽ.

Le Codex Skylits, conservŽ ˆ la bibliothque nationale de Madrid, montre un Linceul de longueur double portant le visage du Christ, source du Mandylion, transfŽrŽ en 944 d'ƒdesse ˆ Constantinople, et dŽcrit dans l'HomŽlie de GrŽgoire le RŽfŽrendaire, prononcŽe lors de la cŽrŽmonie (traduite du grec par le Pre Dubarle - Rome, 1993). 

3.3              Arguments scientifiques dŽrangeants

Les publications spŽcialisŽes montrent que la datation des tissus est toujours conduite pluridisciplinairement par un physicien chargŽ du dosage et des calculs, et un historien qui le guide dans l'Žlimination des solutions improbables rŽsultants de calibrations complexes.

L'historien retenu officiellement par le British Museum fut Pierre d'Arcis, Žvque de Troyes, prŽtendant en 1389, dans un mŽmoire conservŽ aux Archives nationales de Paris (fond Champagne), avoir dŽmasquŽ le peintre qui avait confectionnŽ cette fausse relique.

Or, il est patent que les fils et le tissage sont de facture ancienne (prŽ-moyen ‰ge). Que l'image est monochrome, sans trace de peinture ni de dessin (trait) : causŽe seulement par l'oxydation acide de la cellulose, de mme nature que le vieillissement, d'o sa stabilitŽ malfrŽ les avatars du temps. Qu'elle est nŽgative, au sens photographique. Que c'est une "image" au sens mathŽmatique : symŽtrie plane par rapport ˆ l'objet rayonnant. Bref que le MŽmoire de Pierre d'Arcis est faux ou menteur, ce qui revient au mme. 

3.4              ƒtudes prŽliminaires

Des membres du conseil scientifique du CIELT ont effectuŽ des prŽlvements de fils de lin sur des tissus anciens du musŽe de Saint Troud en Belgique gr‰ce ˆ l'amabilitŽ et la coopŽration du conservateur. Ces Žtoffes ŽtudiŽes, en vue de leur conservation, par l'Institut Royal du Patrimoine d'Art de Bruxelles (IRPA), sont des nappes d'autel, tissŽes artistiquement, utilisŽes Žgalement pour envelopper des reliques saintes.

L'examen attentif de ces fils au microscope montre qu'ils sont souvent recouverts d'une couche de matire Žtrangre au fil, qui, bien qu'importante, ne modifiait en rien l'aspect gŽnŽral de l'Žtoffe et de ses dessins. L'Žtude de cette couche est en cours, et la recherche portera surtout sur les moyens de l'Žliminer.

Cette observation confirme le bien fondŽ de la proposition que le STURP avait faite en 1984, de procŽder ˆ de nouveaux examens sur des microprŽlvements de fils de lin du Linceul de Turin, et d'Žtudier les conditions optimales de prŽparation des fils avant tout dosage du 14C.

Les propositions du STURP furent rejetŽes en bloc par le Conseiller (astrophysicien thŽoricien) du Professeur Chagas, PrŽsident de l'AcadŽmie Pontificale, et par les laboratoires AMS qui considŽraient que les moyens de dŽcapage utilisŽs par eux Žtaient bien suffisants (voir article L. Gonella. Traduction J. Virlet, p20 - 26, in MNTV n¡ 19 (1998).

 

Philippe Albert,

Ancien co-directeur du Laboratoire Pierre Sueˆ Saclay, CNRS / CEA,

Ancien co-directeur du laboratoire du Cyclotron, CNRS, OrlŽans, devenu le CERI (centre d'Žtudes et de recherches par irradiation).

 

1.             Shroud of Turin Research Project.

2.             L.A. Schwalbe and R.N. Rogers (Los Alamos National Laboratory)- Special Report in Analytica Chimica Acta 135 (1982) P 3-49.

3.           Martin Suter and al. (Institut fur Mittelenergiephysik. ETH-Zurich) dans Nucleau Instruments and Methods in Physics Research B.5. (1984) 117-122- Precision Measurements of 14C in AMS.

4.           Turin Workshop, on Radiocarbon Dating the Turin Shroud.

5.           traduite en franais par J. Virlet, et publiŽe dans MNTV, n¡19 (1998).

6.           publication des rŽsultats dans Radiocarbon Vol. 28-n¡ 2A (1986) p 571-577.

7.           Vol.332 p482.

8.           Vol. 337, p 611-615.

9.          Vol. 1, Le prŽlvement du 21-4-1988- ƒtudes du tissus. Les Cahiers du Linceul. O.E.I.L. 4, rue Cassette, 75006 Paris.

10.   L'Identification scientifique de l'Homme du Linceul. JŽsus de Nazareth. Publication du CIELT- Franois Xavier de Guibert, 3 rue Jean-Franois Gerbillon, 75006, Paris.

11.     Non fait de main d'homme. ƒdition du CIELT- 50 Av. des Ternes, 75 017, Paris.

12.      Si ces expŽriences d'autoradiographie du 14C restent impossibles aujourd'hui, ce qui semble probable, peut-tre faudra-t-il se rŽsoudre ˆ refaire de nouveaux dosages classiques (destructifs) sur le Linceul de Turin. Heureusement, il semble possible aujourd'hui de rŽaliser ces dosagesd sur 1 mg de 14C , c'est ˆ dire environ 2 mg de lin.

13.      rue de la Ferollerie 45 071 OrlŽans, Cedex 2.

14.      NIM B -123 - (1997) 22 - 30 - J. M. Nadau et al. Radiocarbon Vol. 40 - n¡1 (1998) p 85 - 93 et 239 - 245. Markus Schleider et al. Et J.M. Nadau et al.

15.  la notation musicologique utilisŽe ayant ŽtŽ remplacŽe ˆ cette date lˆ.